L'Amour fou de Pierre Bergé et Yves Saint-Laurent

Publié le par 001212

J’avoue, je n’ai jamais été particulièrement fan de Yves Saint-Laurent dont le côté « génie » par ses amis proclamé m’a toujours un peu gênée…

Qu’en est il des génies dans la Couture, je ne sais. Mes goûts personnels m’amèneraient plutôt à user de ce terme galvaudé pour des Lacroix ou des Lagerfeld, mais le mot « talent » suffirait peut être.

Faut il vraiment toujours sortir les mots du dimanche ?!

Je suis tout de même allée voir le documentaire « L’Amour fou » de Pierre Thoretton, mettant en scène un Pierre Bergé conteur de sa rencontre puis de sa vie auprès du fameux Yves. Le tout avec pour fil conducteur l’histoire de la dispersion annoncée de la Collection rassemblée par les deux hommes, ciment de leur vie commune, petite sœur de la Maison de Couture au nom de l’Artiste.



En aparté, je dirais que les documentaires au cinéma sont une excellente chose. Evidemment, on pourrait les visionner sur sa télévision, depuis son canapé : pas d’effets spéciaux nécessitant un son ou une taille d’écran particuliers. Mais la salle obscure et l’attention entièrement dédiée apportent de la profondeur et de l’émotion au documentaire. Tout est toujours mieux en grand.

Film sur Saint-Laurent ou bien film sur Pierre Bergé ? Il est austère en tout cas, même s’il s’efforce de montrer un Saint-Laurent parfois plus léger qu’on ne le croirait.

Chagrin savamment mis en scène par un Pierre Bergé qui, on en serait presque surpris, laisse transparaître humanité et détresse, au delà de la froideur qui semble le caractériser. Ce qui le rend humain, c’est peut être, la sensation qu’on a qu’il a plus « subi » le talent de Saint-Laurent, se mettant toute sa vie au service de son œuvre et de sa mélancolie, qu’il n’a, au fond, choisi la compagnie de cet homme que l’on devine tyrannique au nom de son Art et de son mal de vivre.

Amour fou, liaison aliénante, sentiments complexes et las, ballotés entre la vie privée, les vacances, le travail, l’argent, la collection, les maisons. Comme si, au fond, cet amour avait entrainé Pierre Bergé, comme les baïnes des côtes girondines, fatalement. Comme si on découvrait de cette vie d’homme d’affaires froid et autoritaire qu’elle ne devait rien au libre arbitre.

C’est terriblement snob et pourtant émouvant cette description de vies qui ne prétendent pas être ce qu’elles ne sont pas : la vie de monsieur et madame tout le monde. Artistes sulfureux, les Warhol côtoyant les Mike Jagger. Egéries en relais, la positive, Loulou de La Falaise, accompagnant le travail quotidien, la sœur de perdition, Betty Catroux, partenaire des descentes et des enfers, les unes menant aux autres…

Touchantes sont les images de débuts, de défilés, d’interviews désuètes. Fascinants sont ces millions atteints lors de la vente par ce fauteuil dragon ou cette sculpture de Brancusi dont on a suivi le démontage et l’emballage minutieux. Que déduire du sourire énigmatique de Bergé au moment de la fin des enchères ? Satisfaction des millions remportés pour la cause du Sida ? Orgueil de voir SA collection battre les records des annales ? On ne peut pas déchiffrer cet homme.

Je ne suis pas critique de cinéma, je ne sais ce qu’il faut penser de ce film.

Je sais juste qu’il y a forcément quelque chose à en apprendre, quelque chose à en recevoir. Une émotion, un souvenir, une fascination, une répulsion.

Ne manquez pas cette occasion.

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