Et vint le drame du chausson

Publié le par 001212

Il y avait un point sur lequel je pensais ne JAMAIS céder.

Cela  a même failli être une cause de rupture avec mon loulou.

Mes amis V et M en portaient bien avant leur mariage et j’avais trouvé cela aussi catastrophique qu’un truc très catastrophique.

Avant je pratiquais beaucoup la théorie.

Et l’une des théories auxquelles je croyais dur comme fer était celle ci :

LE CHAUSSON DOIT ÊTRE EXCLU DE LA RELATION AMOUREUSE !

Mon loulou en portait, au début de notre relation, chez lui.

L’aimait pas marcher pieds nus.

J’ai failli m’évanouir quand, devant moi, il a appelé ça des « pantoufles » ! Là, je me suis dit : ma fille, si tu survis à ça, tu survivras à tout !

Je ne disais rien.

Ne voulais pas passer pour la fille hyper snob qui n’aime pas les chaussons. (pour les « pantoufles », désolée, impossible, je ne peux pas).

D’autant qu’à mes heures, dans le secret de mon chez moi, même si dès que la saison le permet je marche pieds nus, il a pu m’arriver, le peton exténué par des heures d’enfermement dans un escarpin talon 10 cm, de m’adonner au plaisir coupable du chausson isotoner à nœud nœud rose fuschia.

Je sais, je suis subversive.

Mais, faites ce que je dis pas ce que je fais, l’idée que l’on puisse oser se promener devant moi, en « chaussons de séduction », m’était tout simplement insupportable. Donc, je ne disais rien mais je bouillonnais, tapais des pieds dans l’ascenseur en partant : je ne pouvais pas « être » avec un homme qui portait des chaussons !

Et puis, un soir, le drame. La moutarde m’est montée au nez. Et j’ai tout déballé ! Attendu que j’étais une princesse, un homme viril et amoureux ne pouvait pas décemment porter des « pantoufles » en ma présence !

Je sais, vous allez penser que je suis à classer définitivement dans la catégorie des « chieuses ». Ce serait un malentendu. Ceux qui me connaissent (mon loulou compris) savent que je suis extrêmement facile à vivre. J’ai juste deux ou trois points de blocage, les chaussons, la fermeture de la porte quand on va aux toilettes étant les principaux.

Forcément, quand vous ne faites que des premiers, voire troisièmes rendez vous, vous en arrivez rarement à la charentaise  et vous n’avez pas l’occasion de confronter vos convictions profondes à la réalité de la vie.

Mon loulou, lui, a pris l’explosion en pleine poire et, délicatement et discrètement comme il sait faire, il n’a rien dit mais n’a plus jamais mis ses chaussons, chez lui, en ma présence : se coltinait ses chaussures de ville jusqu’à déshabillage. Le pauvre !

Cependant, quand la relation « s’épanouit sur de vraies valeurs », que l’automne s’installe et que les soirées « à la maison » se font de plus en plus fréquentes (même si on ne vit pas – encore – ensemble, on ne peut tout de même pas être toujours fourrés dehors ni galipetter en permanence !), que le cocooning s’incruste, que le « allez c’est pas si grave » s’en mêle, sans y prendre gare, le pire arrive…

Un soir, sur le canapé, en regardant Masterchef, vous évoquez l’idée que, peut être, vous pourriez éventuellement envisager d’accepter le concept de chaussons, voire même, l’achat imminent de nouveaux chaussons doux-doux à nœud-nœud (tout est dit, ça y est, c’est papamaman  dans la maison en pain d’épices, la mort totale du glamour !).

Vous n’en croyez pas vos oreilles quand vous entendez ces mots sortir de votre bouche. Vous croyez soudain tout votre système ORL défaillant.

Mais, pas de panique, vous ne faites « qu’envisager un concept ».

Et pourtant. Le mal est fait.

Deux jours après, au franprix, au fond, à côté du rayon ampoules, il y a posé là, provocateur, un présentoir de faux chaussons isotoner…

J’hésite. J’ai honte. Vais je tuer mon couple ?

Je m’avance. Je saisis une paire noire. 3,95€. Parce que ce n’est pas cher je la mets dans mon panier. Je passe à la caisse. Je rentre à la maison. J’enlève le carton en tirant violemment sur le lien en plastique. Je glisse avec volupté mes petits petons dans mes petits chaussons.

Je viens d’acheter pour la première fois de ma vie des faux chaussons isotoner.

Je suis une femme perdue.

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Publié dans Papotage

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