Allez voir "Potiche" !

Publié le par 001212

 Parce que ce film est formidable !

Drôle, bien sûr. Intelligent.

Pour les trentenaires et quarantenaires, il représente aussi notre enfance, la fin des années 70, brushing et fringues d’époque.

Vous avez sûrement déjà entendu parler de l’histoire, tirée d’une pièce écrite par Barillet et Grédy et jouée en 1980 pour la première fois par Jacqueline Maillan (c’est là qu’on regrette amèrement d’avoir manqué cela…) : Suzanne Pujol (Catherine Deneuve) est l’épouse bourgeoise, poète et condamnée à l’oisiveté d’un Robert Pujol (Fabrice Luchini) odieux, réactionnaire, machiste et cavaleur. Le Robert dirige d’une main de fer l’usine familiale apportée par Madame dans sa dot.

Ce film est servi par une interprétation remarquable. Au début, on a un peu de mal à « accepter » de voir une Catherine Deneuve aussi malmenée et mal fringuée, aussi « mémère » et dadame... Mais, très vite, jusqu’à, dans les scènes finales, retrouver la « grande Catherine », on s’habitue à son rôle de « potiche ». On est outré de la manière dont chaque membre de la famille (à part son fils) la traite. Pas à pas, avant de révéler qu’elle aura souvent été une « potiche » seulement d’apparence, Catherine Deneuve construit son personnage, femme des années 20, à la fois dévouée à la mémoire de « Papa », à la carrière et à la prestance de son mari, refusant de croire aux « racontars », même si elle n’en pense pas moins et en sait encore plus. Acceptant sa condition, parce que dans un « ménage » au bout de 40 ans, il y a des « liens si invisibles aux yeux des autres qu’ils en deviennent encore plus solides »... Joli euphémisme communément admis par les femmes de cette génération pour dire qu’une femme devait supporter les affres du mariage parce que le mariage, justement, était la seule carrière respectable envisageable.

Histoire tout de même (sans vouloir casser l’ambiance) de rappeler quelques faits, voici quelques dates tirées de de ce site :

 

-       1937 : les femmes peuvent obtenir un passeport sans l’autorisation de leur mari.

-       1943 : les femmes peuvent ouvrir un compte bancaire sans l’autorisation de leur mari.

-       1946 : fin de la notion de salaire féminin

-       1966 : les femmes peuvent exercer une activité professionnelle sans le consentement de leur mari.

-       1970 : remplacement de l’autorité paternelle par l’autorité parentale

-       1979 : interdiction de licencier une femme enceinte

-       1979 : adoption de la loi sur l’IVG

OUPS….

 

Mes deux grands mères étaient de cette génération. L’une comme l’autre, à leur manière, « géraient » leur mari et la famille et portaient, au fond, « la culotte », mais toujours dans le détour. C’est ma grand mère qui disait « laisse, ma petite fille, ton grand père, je vais lui parler, je sais comment le prendre ». Pas soumise au foyer, non, mais Madame Marcel L. ou Madame Max M. à l’extérieur.

Leurs filles, évidemment, nos mères, ont été celles qui ont tout balancé, les soutien gorges la vie « comme maman » et ont retrouvé leur prénom !

C’est Judith Godrèche, judicieusement horripilante dans le film, qui assène vertement à sa mère qu’elle fera tout « pour ne pas lui ressembler », qui se croit émancipée parce qu’elle fume et envisage de divorcer parce qu’on « est en 1977 maman !! ». Mais qui finit par se ranger à l’avis de « son Jean Charles »…

Elles ont fait les plus grands pas, nos mères, filles du baby boom. Les habitudes ayant la vie dure, du fond de leurs lycées pas encore mixtes, elles avaient hâte de se « caser »,  la peur de « finir vieille fille » gagnant les plus de 25 ans…  Mais elles ont travaillé, fait des gosses, mené leur maison. Oh, avalé quelques couleuvres, aussi, sans doute. Malgré tout, elles ont fini par penser, la cinquantaine et les petits enfants venant, que la famille était la base et je crois bien qu’elles ont dû elles aussi considérer que dans un « couple », au bout de 40 ans, il y avait des « liens si invisibles aux yeux des autres qu’ils en deviennent encore plus solides »…

Et puis il y a nous, les filles des années 70. Dans le film, plus simple, ce sont de petits garçons… On reconnaît les coupes au bol et les sous pull 100% acrylique de la génération Casimir !

Qu’avons nous fait de leur héritage aux Suzanne et aux Joëlle ? Nous qui avalons notre pilule chaque soir, nous qui signons (ou pas) chez monsieur le maire, nous disant que « si ça ne va pas, on divorcera ! », nous qui recomposons les familles, partitions parfois bien aléatoires, nous qui bossons « pour nous épanouir », nous qui « faisons peur aux mecs » et qui pleurons des rivières devant les meetic et match.com. Nous travaillons, nous fumons, nous votons, nous enfantons, nous avortons, nous aimons, nous quittons, nous négocions, nous avons le pouvoir dans notre travail.  Est ce que les couleuvres ne passent plus par notre gosier ? Est ce que nous, nous ne dirons jamais qu’au »bout de 40 ans il y des liens si invisibles aux yeux des autres qu’ils en deviennent encore plus solides »…

Je me le demande, mes sœurs, je me demande même si je nous le souhaite…

Et nos filles, celles qui ont aujourd’hui 5 ou 6 ans, les filles des années 2000, les petites Rose et les autres, que diront elles de nous ? A qui voudront elles ressembler ?

Allez, pour le plaisir, comme Suzanne Pujol dans sa cuisine, laissez vous emporter…

 

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